Anatoly annonce :
- Nous y sommes.
Les deux hommes savent quelle est leur tâche : Bodine observe le sonar latéral et Brock cède sa place au hublot au pilote afin qu'il trouve l'épave.
Soudain, le sonar latéral reflète un énorme triangle schématisé en bleu, rouge, vert et jaune par l'ordinateur. Lewis dirige Anatoly :
- Un peu à gauche... il est juste devant nous... 18 mètres... 15...
Brock ajoute solennellement :
- Treize mètres, vous devriez le voir... !
Le fond de l'océan est encore jonché des empreintes de voyages passés, d'après la forme des rails il est même possible d'identifier les submersibles qui y ont laissé leur trace: les Mir possèdent deux rails parallèles, Alvin, avec lequel le docteur Ballard plongea en 1986, l'année suivant sa découverte du Titanic au moyen d'un sonar guidé depuis la surface, se déplace sur un seul rail et le Nautile appartenant à la compagnie française Ifremer est caractérisé par son compartiment plat qui loge la batterie et sert en même temps de rail. Lewis demande :
- Vous le voyez ? Je ne vois rien... là !
Engloutie de plus de 15 mètres dans la vase, donnant l'impression de foncer sur eux en labourant le sol sédimentaire de part et d'autre comme des vagues de l'océan, l'étrave de proue surgit, immense, majestueuse et impressionnante, malgré les signes de décomposition évidents. Le Titanic ! Ou ce qu'il en reste... Brock et Anatoly sont collés chacun sur un des deux hublots, et Brock dirige :
- On remonte et on passe au-dessus du bastingage de proue.
Hormis une épaisse couche de "rusticles", la rouille qui forme des stalactites bizarres partout, la proue est en assez bon état, dressée sur sa quille, telle qu'elle a atterri 84 ans plutôt. Brock déclare :
- Chaque fois je me fais avoir...
Anatoly constate avec une pointe d'ironie :
- Tu culpabilises parce que tu as de l'estime pour la mort... ?
Ignorant la remarque, Brock s'empare de l'émetteur pour communiquer avec le deuxième sous-marin :
- D'accord, Mir 2, on passe au-dessus du bastingage ! Restez avec nous !
Les projecteurs du sous-marin éclairent la proue d'une lumière presque fantomatique, tandis que le Mir 1 passe au-dessus de l'énorme ancre de réserve pesant 15,5 tonnes à lui seul, avec sa grue prête à l'action.
La plage avant du Titanic défile sous les hublots des submersibles, on distingue les bornes d'amarrage, les chaînes des ancres qui pèsent ensemble 96 tonnes et qui retiennent toujours les ancres principales, pesant 8 tonnes chacune, de chaque côté du navire. Les hélices des Mir soulèvent des nuages de poussière verte au passage, ce qui n'empêche pas Brock, très sérieux, de tenir un caméscope devant une lucarne et de filmer en disant au pilote :
- D'accord, Tolya, on y est...
Fasciné et ému à la fois par la vue époustouflante, il tient un discours qu'il enregistre au moyen de la caméra :
- En le voyant surgir des ténèbres comme un vaisseau fantôme, à chaque fois je me fais avoir... Contemplez la triste épave de ce grand navire, gisant là où elle s'est échouée à 2 heures 30 du matin le 15 avril 1912, après sa longue chute depuis la surface du monde...